Août 26 2007

A propos d’acide picrique …

Publié par le 3:02 dans sécurité,thermodynamique

Il y a peu, la découverte de flacons d’acide picrique  au fond des armoires de laboratoires de chimie a retenti (j’exagère un peu) au propre comme au figuré dans le milieu scolaire belge et ailleurs .

Que faisait ce produit dans nos armoires ? Nul ne le sait vraiment. Il faut avouer que nos armoires recèlent parfois des « trésors » oubliés et dangereux et que rien n’est réellement fait par la Communauté Française pour régler ce problème … pas de directives véritablement claires, pas de mesures efficaces, pas d’aide financière à l’élimination des déchets …

L’acide picrique porte aussi le nom de trinitrophénol (produit apparenté au trinitrotoluène appelé aussi TNT) et , cristallisé, il peut exploser par simple friction ou élévation de température.

Ce produit (synthétisé en 1788 à partir d’acide nitrique et d’indigo riche en phénols) a d’abord été utilisé comme colorant jaune (?) et puis très vite la découverte de ses capacités explosives et des possibilités de stabilisation par Turpin  orientèrent son utilisation vers la fabrication d’explosifs . On peut aussi constater qu’en 1876, que Mr Eugène Curie dans un compte-rendus de l’académie des sciences préconisait l’utilisation de l’acide picrique dans le traitement des plaies.

L’acide picrique fut à l’origine d’une catastrophe en 1917 dans le port d’Halifax au Canada où, suite à une collision,  un navire transportant quelques tonnes d’acide picrique et d’autres joyeusetés du même style explosa provoquant la mort de 2000 personnes et plus de 9000 blessés (l’explosion la plus forte d’origine non atomique). (récit ici  et ici, reportage TV canadienne et film inspiré de l’événement).

ac-picrique-halifax.jpg

Alors que faire si on en trouve au fond d’une armoire ? Dans le n° de mars 2007,  le SIPPT belge (Service Interne de Prévention et de Protection au Travail) consacre un article à ce sujet explosif (téléchargement ici , voir pages  1 et 2) et explique la procédure à suivre (document équivalent sur le site du centre de crise)

Et pour le fun …

Pour en savoir plus : Guide des matériaux énergétiques

Tous les liens étaient accessibles le 26 août 2007. En cas de lien brisé, je dispose des documents pdf (enquête « le cristal jaune », guide des matériaux énergétiques) et je peux vous les envoyer.



A propos de la dangerosité de l’acide picrique, voici une copie d’un forum

Bonjour,

Je voulais savoir si des mesures précises existaient au sujet de la possession d’acide picrique? Cette question provient du fait que l’acide picrique, un composé le plus souvent acheté sous forme liquide, et qui a souvent fait partie du kit du « petit chimiste », devient explosif (friction, chaleur, …) lorsqu’il devient solide (cristallisation par évaporation dans son contenant d’origine, par exemple). Pour information, une campagne de sensibilisation a été lancée en Belgique et chaque école qui en possède est évacuée (!!) pendant que les services spécialiés prennent en charge l’évacuation de l’acide picrique.

acide picrique :
je ne connais pas en Suisse de mesures particulières pour la possession d’acide picrique. Peut-être que je me trompe mais je ne pense pas qu’il fasse partie des boîtes du petit chimiste que l’on trouve sous le sapin.
Vous avez raison au sujet de son instabilité. Commercialement (pour le labo), il est vendu soit en solution soit sous forme humide. Sous forme humide, il est classifié (étrangement pour moi) comme inflammable alors que son point d’éclair est à 150°C. Cela me semble une sorte de « compromis helvétique » entre un explosif et une substance inoffensive, l’eau. L’acide picrique forme, comme tous les acides organiques, très facilement des sels avec les métaux. Les picrates de métaux de transition sont encore plus sensibles à la chaleur ou aux chocs (ce sont ces substances qui sont (étaient) utilisées pour faire les farces classiques d’en répendre par-terre sous forme humide. Puis après évaporation, se met à claquer quand on marche dessus.
Les fournisseurs classiques de labo (= fournisseurs sérieux) indiquent que le produit doit être éliminer dans les 2 ans et que la teneur en eau doit être vérifiée tous les 6 mois (vérifier que le produit reste entièrement humide). Chose dont je crains n’être pas systématiquement réalisée. Chez Fluka on précise même que le flacon devrait être pivoté tous les 3 mois pour faciliter la répartition d’eau.

Posté par Jean-Luc Marendaz le mercredi 13 décembre 2006 à 10:48

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4 nombreuses réponses

4 Responses to “A propos d’acide picrique …”

  1. Blatt Véroniqueon 16 Fév 2008 at 5:46

    Je ne parviens pas à télécharger le lien du dossier de Prévention et Protection, pourriez-vous m’aider. En fait j’ai trouver en vidant l’appartement du grand-père, un flacon d’acide picrique dans sa pharmacie. Qu’est-ce que cela faisait là et qu’est ce que j’en fais ? Où m’en débarasser sans polluer de trop ?

  2. adminon 17 Fév 2008 at 11:34

    Bonjour,

    ne connaissant pas l’état et la quantité de votre échantillon d’acide picrique, je ne peux que vous conseiller de faire très attention (surtout s’il est à l’état solide, cristallisé).

    La démarche, en Belgique, est de faire appel au service des pompiers comme indiqué ici http://www.crisis.ibz.be/nouvelles/lacide_picrique.php

    Au cas où vous ne sauriez atteindre le site, je recopie l’extrait de ce site concernant la démarche à suivre

    L’acide picrique doit donc être traité avec les précautions suivantes:

    ne jamais ouvrir le récipient (friction)
    ne pas secouer
    ne pas laisser tomber
    tenir à l’abri de toute chaleur ou flammes
    Dans son état normal, l’acide picrique doit être traité par des firmes spécialisées dans le traitement de déchets chimiques.

    Le message doit être clair: il faut manipuler et traiter l’acide picrique avec les mêmes précautions que chaque produit chimique. Le danger existe et n’est pas à minimiser, mais ne doit toutefois pas engendrer de panique inutile.

    Marche à suivre en cas de découverte d’acide picrique
    Respecter la fiche de sécurité et les mesures de prévention liées au produit. Entreposer le produit dans une armoire coupe-feu.
    Avertir le Service incendie. Ce service rédigera une attestation écrite sur l’état de l’acide picrique.
    Si le Service incendie constate qu’il s’agit d’acide picrique cristallisé, les services de polices feront la demande classique d’intervention du SEDEE. En ce qui concerne la découverte d’acide picrique non cristallisé, une firme spécialisée doit être contactée.
    Une fois que les demandes de la Police et du Service incendie sont entre les mains du SEDEE, celui-ci enverra une équipe sur place (en tenant compte du planning).
    Si le SEDEE confirme l’instabilité de l’acide picrique, l’équipe sera responsable de la destruction du produit.
    Si la destruction doit s’effectuer sur place, le support des services de police sera demandé afin de mettre un terrain de destruction à la disposition de l’équipe du SEDEE.
    (Source: SEDEE, le service d’enlèvement et de destruction d’engins explosifs)

  3. joalineon 03 Sep 2008 at 1:12

    bonjour
    je lis vos articles sur l’acide picrique mais utilisee en solution liquide d ‘1 % c’est tres efficace pour les brulures au premier et deuxième degre donc si le grand père en avait dans sa pharmacie c’est surement pour ça
    je déplore que l’on ne puisse plus s’en procurer car j’en ai toujours eut dans la pharmacie et des que je me brule j’en applique a l’aide d’un coton tige et je n’ai plus rien apres une dizaine de minutes même après m’être brulée avec de la vapeur d’aliments cuit au micro onde
    voila je voulais juste dire que l’acide picrique n’est pas toujours dangereuse comme je le lis sur le net bien dosée et bien utilisée c’est comme beaucoup d’autres produits sans danger

  4. adminon 03 Sep 2008 at 2:34

    JOALINE > L’acide picrique est dangereux à l’état solide cristallisé. Vous parlez de la solution 1% utilisée pour les brûlures http://www.biam2.org/www/Sub2876.html ) qui, elle, n’est pas/peu (?) dangereuse tant que le solvant (eau ou alcool) ne s’est pas évaporé.

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